Les grandes marques Françaises

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Les grandes marques Françaises

Message par pootoogoo le Dim 22 Juin 2014, 06:24

Après les recherches liées à la Vassal de Vincent m'est venue l'idée de retracer l'historique des machines à café mais aussi et surtout celui des grandes marques française. Le problème était l'information disponible... À travers sa passion, Vincent (alias Rotchitos) a conquis beaucoup de monde... non seulement moi mais aussi les gens de Reneka qui lui ont ouvert leurs archives.
Il m'a alors gentiment demandé d'y jeter un coup d’œil.  Shocked  Véritable trésor pour un amoureux des machines et des archives comme moi, ce cadeau m'a permis de bâtir le premier chapitre de cette histoire, en commençant par la plus ancienne entreprise encore active en France aujourd'hui...

En espérant que cela convainque les autres marques d'en faire autant (suivez mon regard  Wink )... pour la passion des machines autant que de l'espresso.

Allez, au programme:

> L'histoire de Reneka (1/2)
> L'histoire de Reneka (2/2)
> Annexe à l'histoire de Reneka (Ungemach UGMA)
> L'histoire de Zenith-Express (1/3)
> L'histoire de Zenith-Express (2/3)
> L'histoire de Zenith-Express (3/3)
> L'histoire de Unic
> L'histoire de Conti


Dernière édition par pootoogoo le Mer 11 Fév 2015, 02:56, édité 5 fois

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Re: Les grandes marques Françaises

Message par pootoogoo le Dim 22 Juin 2014, 06:28

L’histoire de Reneka (1/2)

Connue aujourd’hui pour sa gamme de machines à café de bar et ses innovations technologiques toujours au service de la simplicité d’utilisation et de la qualité d’extraction (telle que le filtre « micro sieve » sorti récemment), Reneka est une des dernières entreprises françaises œuvrant dans les (vraies) machines à expresso. Elle se trouve être aussi une des premières, ayant commencé à fabriquer des percolateurs dans les années 30 au côté des Grouard Frères, Chabaud, Devos, Bertrand, Baudon et Maréchal, Janet, Loupot, Smoliak et autres Roch, Sonnet, Langlois et Vienne ou Vassal dont il ne reste aujourd’hui que le nom et quelques machines à café classées dans les objets de collection.

Impossible de dissocier la marque Reneka de son fondateur, René Kauss, brillant industriel strasbourgeois, dont les décisions audacieuses ont amené sa petite fabrique de chaussures à la production de machines à expresso suivant un chemin sinueux, mais d’une logique implacable.

Regarder son parcours, c’est un peu comme regarder un éléphant avancer d’un pas lourd et sûr, et qui s’envole de temps en temps aussi léger qu’une plume...



Maître éléphant, sur son globe perché tenait de sa trompe une chaussure...

Les affaires débutent dans la région de Strasbourg, en 1919, lorsque François-Xavier Briswalter et René Kauss (respectivement négociants à Strasbourg et à Eckbolsheim) enregistrent « la Manufacture Alsacienne de Chaussures et de bandages » sur les bases, semble-t-il, d’une fabrique fondée en 1905. À peine trois mois plus tard, Briswalter est révoqué et René Kauss devient l’unique gérant de l’entreprise.


Journal officiel de la République française, 21 mai et 8 juillet 1919



La société est dissoute en 1921 pour devenir « René Kauss, manufacture d’appareils orthopédiques Manachau » ou tout simplement « Manachau » (contraction du nom d’origine, Man-A-Chau).

S’orientant vers la fabrication de prothèses orthopédiques, l’entreprise connaît un certain essor en fournissant des prothèses aux mutilés de guerre, Strasbourg et ses environs ayant été aux premières loges des deux conflits franco-allemands (de 1870 et 1914-1918).

Emplacement du 3, route des Romains vers 1860 (tirée de «Strasbourg illustré», par Frédéric Piton). En arrière-plan, la cathédrale de Strasbourg.

Dans la foulée, l’usine de matériel orthopédique de Schiltigheim (située au 5 rue de Lauterbourg) est transférée à Koenigshoffen, tout à côté de chez René Kauss (au 3 route des Romains, dans des bâtiments qui étaient utilisés comme logements depuis 1870), site que son entreprise gardera au long de son évolution jusqu’en 1985.


Publicité publiée dans « La Cordonnerie Française » en septembre 1922. Il semble que la lithographie de la fabrique représente le site du 3, route des Romains tel qu’il était au début du XXe siècle. On distingue la cathédrale de Strasbourg en arrière-plan et la voie de tramway qui passait sur le côté nord de la route.

La fabrication des prothèses nécessitait l’utilisation de pièces métalliques chromées. Soucieux de contrôler son produit de bout en bout ou avide de nouveaux défis, M. Kauss crée une nouvelle division sur le même site : la Société Alsacienne de Galvanisation Moderne « le Chrome ».


« Machine Moderne », p.92, janvier 1930

La société se spécialise dans le chromage pour les appareils orthopédiques, mais aussi pour les pièces de l'industrie automobile naissante (en particulier pour les sociétés Mathis de Strasbourg et Bugatti, installée à Molsheim tout près de Koenigshoffen depuis 1909).


La société Bugatti utilisera aussi l’éléphant comme mascotte pour son modèle de prestige : La Bugatti Royale de 1926
(l’oeuvre date de 1904, elle est du sculpteur Rembrandt Bugatti, frère d’Ettore qui s’est suicidé en 1916)

Cette décision va changer la vocation de l’entreprise, car la galvanisation va rapidement devenir l’activité principale de Koenigshoffen. La fabrique s’équipe, en plus de ses ateliers mécaniques pour la fabrication de pièces et le polissage, d’un laboratoire chimique pour la préparation des solutions de plaquage, de cuves pour la galvanisation effectuée à chaud, puis par électrolyse. C’est une petite révolution pour l’époque.

 

 



 



 

Les bâtiments préexistants sont rasés en 1922 pour accueillir une toute nouvelle usine (seule la maison principale est conservée, abritant l'habitation patronale). D’autres bâtiments pour l'orfèvrerie industrielle seront ajoutés l’année suivante et la nouvelle usine est agrandie de nouveau en 1924.


Maître éléphant lâche sa chaussure...


Nouvelle réorientation en 1927, la fabrication de matériel orthopédique est abandonnée au profit de l’orfèvrerie argentée pour le secteur de la restauration. Cette mutation est officialisée par la création de la société d’orfèvrerie «Renéka» (une contraction du nom de son fondateur RENÉ KAuss).


Machine Moderne, p. 851 novembre 1930

La société Manachau, elle, recentre son activité autour de la fabrication de semelles orthopédiques et d'accessoires pour les pieds (Duralumin, Argentan, Acier Nickelé et Acier Inoxydable). Elle est laissée en 1930 à la seule gestion d’un dénommé Burck.


René Kauss n’abandonne pas pour autant la barre de Manachau, il garde sa participation dans la société et veille à sa bonne marche. Un compte rendu de justice nous apprend qu’en 1935, il révoque Burck l’irrévocable, à cause de son comportement vis-à-vis des clients et des employés et de sa gestion douteuse (en 1937, la cour d’appel de Colmar fait jurisprudence en renversant une première décision de justice qui l’avait rétabli dans ses fonctions).
N’aurait été de la ténacité de son fondateur, il est à parier que l’entreprise aurait périclité. Manachau, la première société de René Kauss, est encore active aujourd’hui, elle est installée près de Saverne.




Exposition d’argenterie issue des ateliers Reneka. Cette salle de démonstration était certainement située au rez-de-chaussée de la maison patronale, utilisée comme magasin.


Répertoire Industriel Didot et Botin de 1935 et 1938

Sous l’impulsion des décisions éclairées de son directeur, patriarche omniprésent et bienveillant, le destin de Reneka était lui aussi sur une belle lancée. L’entreprise diversifie encore son offre. Elle apparaît dans le répertoire industriel au début des années 30, dans les catégories « Garnitures de toilettes en orfèvrerie », « Orfèvrerie pour matériel de bureau » (Encriers et garnitures de bureaux en métal argenté), « Petite orfèvrerie de table » (timbales, gobelets, coquetiers, tasses, cuillères, pinces) et « Couverts de table ». La société Reneka n’était alors connue pour la fabrication de machines à café qu’auprès du monde hôtelier, pour qui elle a commencé très tôt à fabriquer des percolateurs de grande taille, comme cela se faisait à l’époque.


Elle prend ses marques en 1935, avec l’introduction d’une machine à café de type percolateur de petit format (elle fait quand même autour d’ 1 m 20 de hauteur). Cette machine professionnelle entièrement chromée est murale et électrique. Son fonctionnement, très ingénieux pour l’époque, est équipé d’un coupe-circuit réglable, à bascule et signalé par un témoin lumineux, pour arrêter la chauffe après l’extraction. Son principe est décrit dans le tout premier brevet déposé par René Kauss en 1935:

« La nouveauté de l'appareil, objet de la présente invention, réside en ce que sa bascule est combinée avec un système compensateur, de préférence à ressorts, commandé par un levier et coopérant avec le fléau de la bascule, ce système étant susceptible de recevoir une tension préalable réglable, de telle sorte que le basculement du récipient de chauffage en vue de la mise en circuit des corps de chauffe, est plus ou moins retardé, selon l'importance de la charge d’eau que le récipient doit recevoir. De cette sorte, le fonctionnement de l’appareil est rendu tout à fait automatique. »
Extrait du Brevet FR799575A, « Appareil électrique pour la préparation d’infusions de café, thé et autres boissons analogues »

On retrouve dans ce brevet le souci qu’avait René Kauss de faciliter la vie de l’utilisateur afin de permettre à tout cafetier d’obtenir le meilleur résultat sans trop de manipulations.

   



« Appareil électrique pour la préparation d’infusions de café, thé et autres boissons analogues », Brevet FR47375E de René Kauss de 1936


«Perfectionnement aux Appareils électriques pour la préparation d’infusions de café,thé et autres boissons analogues», Brevet FR815990A de René Kauss de 1937


Koenigshoffen, route des Romains en direction du village. La flèche indique certainement le service après-vente Reneka, qui était situé au N. 86

 

Les affaires sont florissantes, Reneka cherche des représentants dans toute la France. En 1935, alors que l'Ouest-Éclair s’inquiète du réarmement de l’Allemagne et que l’on retrouve sur la page couverture des photos à la fois d’Hitler et de Mussolini, les petites annonces nous informent que Reneka cherche des représentants pour ses machines à café automatiques. Une autre annonce de 1938 indique que les « Café-Filtre électriques automatiques » remportent « un succès énorme ».

 
L'Ouest-Éclair du 31 mai 1935 et 1e janvier 1938

L’arrivée de la guerre interrompt cet élan, les activités sont suspendues de 1939 à 1946. L’usine ne subit que peu de dommages et l’activité peut reprendre dès 1946. La modification des bâtiments consécutive aux dégâts de guerre est complétée en 1950. Entre-temps, Reneka est occupée à la (re)conquête d’un marché qui s’étend à toute la France.


Maître éléphant reprend son envol...














Visite du gouverneur d’Algérie à l’usine Reneka (1947)


Ateliers de l’usine Reneka, le patron veille à la bonne marche des opérations (1950 ?)


.

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Re: Les grandes marques Françaises

Message par 2carrés le Mar 24 Juin 2014, 09:54

Superbe recherche !  On attend la suite évidemment !
Je passe régulièrement par le "3 route des Romains" et le mur avec la belle enseigne que tu montres est toujours là… mais plus l'enseigne Reneka… Pour l'anecdote (photo StreetView:



Quelle histoire fascinante. Et bravo aux gens de Reneka pour leur ouverture.
Ici pas mal de cafés sont équipés en Reneka, belles machines mais personne n'en tire de bons espressi…

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Re: Les grandes marques Françaises

Message par pootoogoo le Mar 24 Juin 2014, 15:46

Ah mais c'est que tu es en train de vendre ma chute !  Smile 

Il me semblait avoir compris que ce bâtiment avait été détruit il y a pas longtemps. Pour ma part je n'y passe pas souvent  Wink  mais la prochaine fois en Alsace, c'est juré.

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Re: Les grandes marques Françaises

Message par 2carrés le Mar 24 Juin 2014, 16:31

Et en plus je me trompais, ce n'est pas le n°3 mais le 86 que tu mentionnes sur la photo d'époque. J'ai juste reconnu le bâtiment avec le logo et la flèche !
Il se peut bien que ce bâtiment soit détruit, car en ce moment il y a pas mal de chantiers dans le quartier, je n'y suis pas allé tout récemment…
Bon j'arrête de déranger ton fil…  Smile  et j'attends la suite…
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Re: Les grandes marques Françaises

Message par francis le Mar 24 Juin 2014, 17:57

oui on attend la suite (je la connais bien vu mon âge ) et bien sur l'anecdote sur le rachat par celui que nous appelions le Bernard Tapie alsacien .La légende court comme quoi il aurait trouvé de l'or caché dans l'usine .Mais ça c'est a voir .... La suite Pooto Cool 
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Re: Les grandes marques Françaises

Message par pootoogoo le Mar 24 Juin 2014, 18:53

Non mais c'est pas l'histoire des frères Schlumpf ça ?
En tout cas, va falloir que je réécrive la suite parce que j'ai pas ça dans mes cartons.  scratch
Du coup, je compte sur tous les Alsaciens pour rajouter leurs propres anecdotes. Comme il y a quelques zones d'ombre, ça pourra aider.  Wink 

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Re: Les grandes marques Françaises

Message par pootoogoo le Mar 24 Juin 2014, 19:31

Allez, hoppla... s'and von de Reneka geschicht.  Wink 

L’histoire de Reneka (2/2)

Le brevet d’Achille Gaggia, déposé en 1946, marque l’arrivée de l’expresso, qui a provoqué un raz-de-marée en Italie comme en France. Le phénomène est dû à deux facteurs clés : la possibilité de faire un café spécialement (expressément) pour le client, mais aussi l’extraction de toute la richesse aromatique du café par pression mécanique et un contrôle indépendant de la température, seule manière d’obtenir la « crema di caffè ».


Pour faire à son tour son entrée dans le monde de l’expresso, Reneka, tout en continuant de produire ses percolateurs et ses machines électriques murales, met au point une petite machine de comptoir, basée sur une technologie à piston avec levier : « la MAJOR ».
Elle devient rapidement un symbole dans le monde des cafetiers restaurateurs, dans sa version levier ou percolateur.

Progressivement, cette gamme va s’étendre et proposer des modèles horizontaux à plusieurs groupes, de type percolateur ou combinés avec des leviers. Pour certaines séries limitées et pour l’ajout de moulins à sa gamme, Reneka s’associe à des marques italiennes telles que Rossi et Bezzera et quelques autres fabricants d’équipement pour machine à café.




Foire-exposition de Strasbourg, 1951, René Kauss fils est au centre de la photo

 










René Kauss, posant fièrement aux côtés de ses toutes nouvelles machines à levier à la foire de Strasbourg






1952, la gamme s’étend avec des machines de bar horizontales allant jusqu’à 4 groupes.




Très présente dans les salons professionnels, Reneka tisse des liens serrés avec les complexes hôteliers. Son développement en bénéficie directement et la gamme de ses machines à café s'étoffe. Tout en gardant les deux types de groupes de sa conception, elle varie les formes de ses machines pour répondre aux différentes modes de l’époque. Le travail n’empêche pas de faire relâche de temps en temps en profitant du parc de l’usine.



René Kauss met un point d’honneur à saluer le travail de ses employés





On le voit prendre part à une fête organisée dans le parc de l’usine en 1954, la fabrique compte alors une centaine d’employés


« Doseur pour machine à café électrique », Brevet FR1125228A du 24 mai 1955


« Machine à café ou à thé », Brevet FR1161560A du 20 octobre 1956


Dessins et Modèles, Archives de l’INPI, 1956


Dessins et Modèles, Archives de l’INPI, 1958


Salon Equip’Hôtel, 1958

La fin des années 50 (et la fin du brevet de Gaggia) connaît un déferlement de machines à expresso italiennes et la concurrence d’autres fabricants français (en particulier Unic). Reneka se doit de réagir avec une innovation. Pour y parvenir, elle engage un ingénieur italien nommé Pietro Moretti qui développe un nouveau groupe à piston entièrement automatique.

Cette première machine à expresso de bar est achevée en 1959 et fabriquée en 4 variations (munies de 1 à 4groupes). L’Européenne, c’est son nom,
avec son système à hydrocompression tout à fait novateur, est inaugurée le 8 septembre 1959.

« Cette  nouveauté est une machine à café d'une conception technique révolutionnaire. En effet, cette machine est équipée d'un ou de plusieurs groupes pistons entièrement automatiques qui, par simple poussée d'un bouton, permettent de faire automatiquement à volonté une ou 2 tasses de café, alors que jusqu'à ce jour il fallait, pour obtenir 2 tasses, deux ou même plusieurs manœuvres.

Cet avantage pourtant n’est pas la grande nouveauté de ce groupe piston automatique, celle-ci réside dans l'infusion automatique de la poudre de café. Je m'explique : En appuyant sur un bouton, il se produit une injection d'eau chaude, non bouillante, sur la poudre de café. Cette poudre de café absorbe une certaine quantité d'eau qui varie suivant la finesse de la mouture et suivant la nature du café qui peut être sec ou gras. Il se forme donc automatiquement, en l’espace de quelques secondes, une macération de la mouture du café qui détermine le véritable procédé d'infusion. Lorsque cette mouture a absorbé l'eau nécessaire et s’est suffisamment gonflée, c'est ce gonflement qui provoque automatiquement le déclenchement du piston qui expulse sous pression hydraulique le liquide infusé. Cette pression est calculée de telle façon qu’elle permet l’extraction totale de l'essence aromatique et tonique du café, tout en empêchant une grande partie de la caféine de passer à travers le marc de café compressé.»

Ainsi le grand secret de ce groupe piston se trouve dans le réglage automatique de la durée d'infusion, durée qui est variable suivant les qualités organiques du café; ce réglage automatique de l'infusion constitue l'incomparable supériorité de notre nouveau groupe piston, car l'infusion n'est plus faite au bon gré d'un barman, plus ou moins pressé. Une infusion de trop courte durée empêche les huiles aromatiques de se dégager complètement, et une durée d'infusion trop longue peut les faire évaporer. Avec notre nouveau groupe, en employant un café évidemment de bonne qualité courante, et une mouture appropriée, il est absolument impossible d'obtenir autre chose qu'un café parfait.

Un autre avantage unique de cette nouvelle machine à café est de pouvoir fonctionner normalement à partir de 0,8 kg de pression d’eau de ville, alors que jusqu’à présent il fallait un minimum de 1,5 à 2 kg de pression; pour cette raison ce nouveau type de machine fonctionne sans moteur, sans compresseur et sans pompe, mais uniquement avec la pression de l'eau de ville.

D'autre part, les pistons automatiques actuellement sur le marché mettent environ 48 secondes pour obtenir 2 tasses de café, alors qu'avec notre nouveau groupe on ne met que 22 secondes chronométrées ce qui permet d'obtenir un rendement par groupe de 130 à 150 tasses à l'heure.

Une machine comme celle que nous vous présentons ici permet de faire facilement entre 500 à 600 tasses à l'heure, suivant l'habileté de celui qui s'en sert.

 


À ce nouveau type de machine nous avons donné un nom : "L'EUROPEENNE“. Pourquoi "L'EUROPEENNE" ?
Pour plusieurs raisons :
1°) Parce qu'elle est construite à Strasbourg
2°) Parce qu'elle a été présentée pour la première fois à la Foire Européenne de Strasbourg
3°) Parce que simultanément en l'espace de quelques jours elle a été présentée à 3 foires en Europe: le 5 septembre à Strasbourg, le 6 septembre en Autriche à la Foire de Vienne et aujourd'hui, le 8 septembre, en Angleterre à la Foire de Manchester.
[...]
“L'EUROPEENNE" a été entièrement conçue et construite dans nos ateliers a Koenigshoffen et je tiens ici à féliciter et à remercier tout particulièrement notre Directeur technique, Monsieur MORETTI, ingénieur italien, spécialisé depuis de longues années dans la fabrication des machines à café, qui a conçu cette machine. Je remercie également tous ses collaborateurs du bureau technique, nos chefs d'ateliers et tous les ouvriers de notre entreprise qui, je puis vous l’assurer, ont travaillé avec beaucoup d'enthousiasme à cette nouvelle réalisation dont je crois que la Société RENEKA a toutes les raisons d’être fière. »

Extrait de l’Allocution de M. René KAUSS FILS, Directeur Général, à l'occasion du Baptême de «L'EUROPEENNE», le 8 septembre 1959.

Ce système est breveté par Reneka la même année et sera utilisé jusqu’en 1984. La sortie de l’Européenne marque aussi une passation de pouvoir entre René Kauss et son fils, qui reprend l’entreprise en gardant l’esprit de son père : le souci de produire des machines simples à utiliser, économiques, et capables d’extraire le meilleur du café. On retrouve aussi la reconnaissance du travail de ses employés à la réussite de l’entreprise.


« Vorrichtung zur selbsttaetigen Kaffeezubereitung », Brevet DE1404788A1 de Pietro Moretti du 16 Septembre 1959.





Différentes versions de l’Européenne, machine de bar de Reneka


Une autre innovation arrive en 1970 avec la première machine à café complètement automatique, baptisée « Hydrauto ». Son signe distinctif est une sorte de tapis roulant qui positionne la tasse en dessous de la sortie sans aucune intervention (système breveté par Moretti).


«Einrichtung zum Füllen von Tassen, insbesondere Kaffee-Aufgußmaschine», Brevet de Pietro Moretti DE2119993 du 23 Avril 1970





L’éléphant ailé à la conquête du monde...

De 1974 à nos jours, la société Reneka entre dans une ère résolument moderne. Cela commence par l’installation de bureaux au-dessus d'un des ateliers de fabrication et l’incorporation d’électronique dans les machines. La « DV », modèle sorti en 1976, est ainsi la première machine traditionnelle complètement contrôlée par de l’électronique. Suivent la « PA » et la « GAV’D », machine complètement électronique et automatique, qui remplacera l’Hydrauto en 1984.




Reneka, modèle GAV’D


Le site de Koenigshoffen est définitivement abandonné en 1985

Une page est définitivement tournée en 1985, lorsque les activités sont arrêtées sur le site original de Koenigshoffen. La production ne s’arrête pas pour autant, plusieurs modèles se succèdent avant que l’entreprise ne devienne « Reneka International » (en 1997) et ne déménage dans une toute nouvelle usine à Rosheim (en 2002) où elle se trouve encore aujourd’hui.


Reneka, modèle Plus prestige

Les séries « Basic » et « Plus » sont lancées en 1986, elles utilisent un système d’injection thermo-régulé et offrent un choix de couleur (rouge ou bleu) avec un fini émaillé. Dix ans plus tard, la série « Viva » présente un système d’injection optimisé, suivie de la « Viva S » (en 2004) où l’arrangement de la machine est repensé afin de faciliter la maintenance.


Reneka, modèle Viva

Enfin, pour rappeler la longue histoire de Reneka, l’année 2005, année des 100 ans de la fabrique de chaussure originale de René Kauss, marque la sortie d’une machine à expresso qui combine modernité et ligne rétro avec beaucoup d’élégance : «l' Atalante ».


L’éléphant ailé aujourd’hui...

Reneka continue aujourd’hui de produire des machines à expresso « Made in France », entièrement fabriquées à la main dans leur usine de Rosheim. La fabrique de Koenigshoffen, qui avait été délaissée en 1985, n’existe plus : le 3, route des Romains n’est plus aujourd’hui qu’un terrain vague appartenant à la ville de Strasbourg (site qu’elle a utilisé pour entreposer les conteneurs de poubelles récupérées lors de leur renouvellement).
Une partie des bâtiments (côté rue de l'Abbé Lemire) a été cédée à l'entreprise de transports Scheurer.

 

 

 

Le bâtiment qui accueillait la publicité « Reneka » (situé au 2, route des Romains) a été détruit lui aussi, en mai 2013, pour l’aménagement de l’entrée du faubourg et le retour du tramway prévu en 2016 (comme sur la photo de l’époque, comme quoi l’histoire est un éternel recommencement).


L’éléphant, lui, a perdu sa chaussure et son globe, mais a gardé ses ailes...

 


Références additionnelles :
- Archi-Strasbourg, Architecture et photos à Strasbourg
- Inventaire général du patrimoine culturel, Direction de l'Architecture et du Patrimoine
- Gallica, Bibliothèque Nationale de France
- Dessins et Modèles, Institut National de la Propriété Intellectuelle
- Archives de la marque Reneka


Remerciements :
La marque Reneka et plus spécialement
- Valérie Egele, Directrice Marketing & Administration pour sa gentillesse et l’ouverture des archives de la marque
- Jean-Paul Farrugia, ancien responsable R&D chez Reneka, aujourd’hui « technicien retraité en machine à café », pour ses éclaircissements techniques.
- Bien sûr Vincent qui a eu un accès privilégié à ces archives grâce à sa passion, sa gentillesse et son charme légendaires. Wink Cette histoire est apparue en premier sur son site qui comprend aussi une traduction anglaise.

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Re: Les grandes marques Françaises

Message par 2carrés le Mar 24 Juin 2014, 21:29

Magnifique!
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Re: Les grandes marques Françaises

Message par zeb le Mar 24 Juin 2014, 21:54

Je ne l'ai pas relue mais sur le site de Vincent c'était déjà tellement bien Wink

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Re: Les grandes marques Françaises

Message par francis le Mer 25 Juin 2014, 06:39

study  merci,  Cool 
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Re: Les grandes marques Françaises

Message par rotchitos le Jeu 26 Juin 2014, 13:30

whaaa hèèè pootoo que de passage de pommade !  What a Face 


mais j'aime bien  :P 
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Re: Les grandes marques Françaises

Message par pootoogoo le Jeu 26 Juin 2014, 14:23

C'est vrai j'aurais dû remercier ta Vassal à la place...  :P 

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Re: Les grandes marques Françaises

Message par pootoogoo le Ven 22 Aoû 2014, 05:44

Et non ce n'est pas encore l'histoire de Zenith Express...  Rolling Eyes 

Petite annexe à l'histoire de Reneka, je viens de trouver d'où pouvait venir le café qui alimentait la région de Strasbourg au début du XXe:
Les établissements Ungemach, Société alsacienne d'alimentation UGMA.



Elle possédait un atelier de torréfaction qui n'avait rien à envier à celui de pig (à part peut-être le personnel souriant).  Wink 







Au milieu de nombreuses brasseries de Schiltigheim (au nord de Strasbourg), Charles-Léon Ungemach transforme en 1888 l'épicerie de son père en grosse usine alimentaire (café, chocolat, conserves). Elle a été rachetée par le Groupe Française de Gastronomie en 1991. Certains bâtiments de l'ancienne usine sont encore visibles aujourd'hui (au coin de la rue qui porte le nom de l'industriel Strasbourgeois).

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Re: Les grandes marques Françaises

Message par Pig le Ven 22 Aoû 2014, 09:20

Avec ces photos, tu risques bien de lancer de nouveaux essais de torréfaction.
Donc, pour l'étape après la machine à popcorn, il faudrait:
- une bétonnière, fermée par un couvercle de casserole
- elle même posée sur un poêle à bois ou à charbon
- une remorque
- et, bien sûr, une moustache!

Trêve de plaisanterie! C'est encore une jolie annexe que tu nous as ajoutée là. Merci!

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Re: Les grandes marques Françaises

Message par Gérard JEAN le Ven 22 Aoû 2014, 09:57

Très beau fil. Merci pour la contribution. J'espère que le fil va continuer !
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Re: Les grandes marques Françaises

Message par dynamos le Dim 23 Nov 2014, 19:40

J'avais pas tout lu, maintenant c'est fait Langue3

MERCI Pootoo drunken
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Re: Les grandes marques Françaises

Message par pootoogoo le Dim 23 Nov 2014, 20:26

Plus à venir... c'est sur le feu. Haha

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Re: Les grandes marques Françaises

Message par pootoogoo le Sam 13 Déc 2014, 03:10

Un grand merci à Pascal, passionné de Zenith Express entre tous qui m’a fait confiance pour revisiter son histoire de la marque (publiée en 2011).
C’est sur la base de ses souvenirs et connaissances, de ceux qu’il a sût obtenir d’un témoin de l’histoire, et d’un matériel iconographique et autres photographies de ses propres machines accumulés au fil des ans, renseignements arrachés à la sueur de mon front, Langue2 que cette nouvelle version a été construite. Merci aussi à Vincent pour ses commentaires et son soutien moral durant ce long périple (encore à finir). clin d'oeil Bon allez, on est pas aux César non plus... allons-y !




La Marseillaise
Histoire de la marque « Zenith Express » (1/3)





Après Strasbourg, Marseille (ville d’arrivée du café en France au début du XVIIe siècle 1) ne pouvait faire autrement que d’inscrire son nom au palmarès des villes de l’hexagone productrices de machines à expresso. Cette saga des grandes marques françaises se poursuit avec la marque « Zenith Express », éteinte aujourd’hui, mais sûrement pas dans le cœur des passionnés.



Au tournant du XXe siècle, la plus ancienne ville de France est encore fière de se déclarer la « porte de l’Afrique du Nord ». Cette voie d’entrée du commerce maritime et surtout celui venu des colonies vont en effet faire sa richesse. Le port de Marseille reçoit alors toutes sortes de denrées, en particulier le café vert venu d’Abyssinie ou des Antilles. Torréfié dans une des nombreuses maisons de torréfaction locale (Auguste Fabre et Cie, Le Cabanon, La Fauvette ou encore la maison Noailles qui existe encore aujourd’hui). Il n’en fallait pas moins pour attirer un inventeur et fabricant d’exception.


Allons z’enfants de l’autre patrie...

Il existe au moins un autre lien entre Strasbourg et Marseille que ce chant patriotique français écrit par un strasbourgeois et personnalisé par les Fédérés marseillais après la Révolution. Dans les années 1930, alors que René Kaus se lançait dans les machines à café express, démarrait à Marseille la marque qui allait faire la renommée de la ville dans le domaine des machines à expresso : « Zenith Express ». Comme pour l’histoire de l’hymne national, ce qui en fait une marque marseillaise c’est avant tout l’adoption par les Marseillais d’un immigrant italien fondateur de l’entreprise, Monsieur Carlo Ravinetti. 2




Publicités et factures de maisons de torréfaction de la région de Marseille au début du XXe siècle.


Carlo Ravinetti fait ses classes à Turin comme ingénieur à la « Fabbrica Italiana Automobili Torino », plus connue sous le nom de Fiat. C’est là, dans le berceau de l’industrie automobile italienne et ville qui a vu naître [url= http://expresso.cultureforum.net/t8693p15-du-cafe-express-a-la-naissance-de-lespresso#152250]la toute première machine à café express[/url], qu’il touche à l’usinage de pièces métalliques, au chromage et à la finition alliés au « style », points communs entre expresso et l’industrie automobile naissante. Selon la belle fille de Carlo Ravinetti, celui-ci aurait commencé à travailler sur des machines à cafés pour la marque « Amer » à l’époque où il s’installe en France (soit vers 1927 ou 1928). Les souvenirs de famille de cette jeune femme de 80 ans avec qui Pascal3 a parlé au téléphone n’étant fixés ni sur les dates ni sur les lieux précis, on ne peut y aller que de suppositions.






Différentes annonces parues dans le journal « La Stampa » de 1923 à 1925 évoquant la marque Amer.

Il existe bel et bien une marque « Amer », mais orthographiée « A.M.E.R. » (« Apparecchi e Macchine Elettriche per Riscaldamento ») qui fabriquait des machines à café express dans ces années-là. Elle s’installe à Turin au début des années 1920 au 8-10, via Palazzo di Città (avec une boutique qui vendait aussi des machines Arduino) et possède des représentants dans différentes villes d’Italie (Gênes, Florence, Naples et Milan). L’entreprise produit toute une gamme de machines à café électriques nommées « ElettrExpress », basées sur un brevet de A. C. Fiorensoli, allant du gros percolateur pour restaurant à la petite machine domestique.4


Publicité pour la machine domestique « Elettrexpress », brevet de Fiorensoli produite par AMER vers 1920.
Concours de pronostic organisé par La Stampa pour le tour de France 1931, le 8e prix est une machine à café espresso « Amer »





Publicité pour la marque AMER, fin des années 1920, et plaque signalétique d’un percolateur Elettrexpress.5


Il est fort probable que ce soit pour cette marque que Carlo Ravinetti ait travaillé avant de venir en France. D’après les documents d’époque, la marque était produite par l’entreprise (Ditta) « Pietro Borla & C.». Il semble qu’il y ait eu deux lieux de production : un à Turin et un à Lans-l'Hermitage (Lanzo Torinese). Ravinetti y a-t-il travaillé après son expérience dans les usines Fiat, était-il associé à Borla ? Toujours est-il que la marque semble avoir perduré au moins jusqu’en 1931 puisque l’on retrouve son nom, aux côtés de Fiat, dans les prix à gagner lors d’un concours de pronostics sportifs organisé par La Stampa pour le tour de France 1931.

Turin, Fiat, Amer, la France... voici regroupé dans cette anecdote ce qui semble être les clés du début de l’histoire racontée par Mme Ravinetti.



Les débuts de « Zenith Express »

Peut-être doit-on remercier Benito Mussolini d’avoir fait fuir Carlo d’Italie. C’est en effet tout juste après l’instauration des lois fascistissimes en Italie que Ravinetti change d’adresse et s’installe de l’autre côté de la frontière. Deux ans après la naissance de son fils, il créait la société « Zenith Express » (qu’il enregistre à Cannes le 12 mai 1934), elle fabrique alors certainement des percolateurs et des machines à café Express.


Scène du film « Fanny » de Marcel Pagnol, 1932.



Scène du film « Borsalino » de Jacques Deray, 1970.



Brevet FR843535A de Carlo Ravinetti, « Percolateur à chauffage de café instantané par bain-marie », demande du 16 septembre 1938.

Le premier brevet de Carlo concerne d’ailleurs un percolateur. La demande de 1938 n’a rien d’exceptionnel pour l’époque si ce n’est qu’elle propose une machine « deux en un » ou le souci est d’éviter le surchauffage du café: une chaudière produit du café en grande quantité par percolation (sur le principe de Durant) et le café conservé est réchauffé au bain-marie au moment du service (plutôt qu’un tirage ou un chauffage à la vapeur, qui altèrent les arômes du café).

Toujours d’après Mme Ravinetti, un de ces percolateurs (celui-là même qui aurait servi lors du tournage de scènes du film « Borsalino ») se trouverait encore dans un bar de la corniche à Marseille. L’histoire est belle, mais peut-être un peu trop... marseillaise. Dans le film Borsalino, comme dans les films de Pagnol, il n’apparait rien d’autre qu’un percolateur Grouard et le bar « Chez Adrien » de l’histoire a été créé de toutes pièces pour les besoins du film. Mais peut-être y en a-t-il un quelque part... qui sait. Aller jeter un œil du côté de la collection privée de Pascal est un peu moins éprouvant que de faire la tournée des bars de la corniche : on y retrouve un des rares percolateurs Zenith Express ayant traversé les âges... et magnifiquement conservé.




Un des premiers percolateurs Zenith Express, probablement de la fin des années 30, collection privée de Pascal.


Percolateur Express surmonté d’un aigle à la manière des modèles de la Victoria Arduino ou Condor de la même époque, sa plaque signalétique arbore un coq chantant perché sur la garde d’une épée (qui fait penser aux glaives de la garde nationale de 1870, à l’époque où le volatile avait été remis de l’avant comme symbole de la France).

Pourtant le coq ne chante pas au Zenith mais plutôt à l’aurore... d’où vient donc ce nom de marque ? Là encore mystère, si ce n’est la référence au soleil (du midi bien sûr). Il existait plusieurs autres « Zenith » à l’époque : des carburateurs d’automobile, une fonderie de précision parisienne, le nom d’une bière marseillaise ou d’une fabrique de montres qui avait pignon sur rue à Marseille.






Les autres « Zenith » dans les années 30.

Était-ce juste dans l’air du temps ou Ravinetti avait-il un lien quelconque avec une de ces autres marques, s’en est-il inspiré ? Toujours est-il que les affaires de « Zenith Express » vont bon train, la marque survit à la Seconde Guerre et fabrique des machines à cafés dans son usine du 14 boulevard de Maillane, lieu qu’il gardera jusqu’à la chute de la marque.

Juste après guerre le monde de l’expresso est en effervescence : Achille Gaggia vient de déposer son brevet qui sonne le glas des machines de type « Express ». Carlo, devenu « Charles » Ravinetti et fier de sa société « Etablissements Zenith Express » est un des tout premiers, après Achille Gaggia, à déposer un brevet de groupe levier à piston. Il fait coup sur coup deux demandes de brevet, une en juin 1951 et l’autre en décembre 1952, présentant un tel système.


Brevet FR1038753A de Zenith Express, «Dispositif pour la préparation du café en tasses comportant une communication
entre la bouilloire et le filtre par une lumière commandée par piston », demande du 12 juin 1951.

Alors que le brevet de Gaggia écrase la concurrence italienne jusqu’en 1953, la manœuvre de Ravinetti est assez habile : le brevet ne porte pas sur le principe du piston à ressort lui-même (breveté par Gaggia), mais sur des améliorations connexes comme la présence d’une communication entre la bouilloire et le groupe, se retrouvant ouverte en bout de course du piston, la position du levier dans l’axe du piston avec des roulements de chaque côté de la came. Ces éléments lui permettront de se positionner comme chef de file du piston à l’Italienne. Ces deux brevets seront d’ailleurs cités dans deux brevets distincts d’Ernesto Valente, autre acteur majeur dans l’évolution des machines à espresso (patron de FAEMA partenaire de Gaggia à ses débuts puis parti fabriquer ses propres machines à Nice vers 1950; il sera plus tard l’inventeur du fameux groupe e61).


Brevet FR1067504A de Charles Ravinetti, «Dispositif de commande à piston pour la distribution d’infusion », demande du 8 décembre 1952.


L’espionnage industriel et les contrefaçons étaient de mise dans cette nouvelle guerre commerciale. Ravinetti lui-même ne semble pas avoir été épargné. On raconte qu’un constructeur concurrent avait les plans de son groupe dans ses tiroirs et que Zenith Express a mis fin à la tentative de plagiat en intentant un procès.
Plus à venir...


NOTES
________________________________________

1 « En ce qui concerne la France, le café était déjà connu à Marseille depuis une trentaine d'années, quand le voyageur Thévenot, en 1655, et surtout Soliman Aga, ambassadeur du sultan Mahomet IV auprès de Louis XIV, en 1669, le mirent à la mode à Paris. Toutefois, la boisson nouvelle eut d'abord peu de partisans dans cette grande ville; mais les médecins s'étant avisés de la défendre comme nuisible à la santé, il n'en fallut pas davantage pour que tout le monde voulût en user, et elle se répandit graduellement partout. » Extrait de « Nouvelles leçon de choses sur l’industrie, l’agriculture et les principales inventions industrielles », P. Maigne 176e Leçon, p. 313 (1887).

2 Comme dans le cas de la marque Unic, fondée à Nice, qui aura aussi droit au chapitre.

3 Notre Admin, qui est passionné par la marque et possède une impressionnante collection de machines, a eu l’occasion de parler avec Mme Ravinetti il y a quelques années

4 Il existe encore quelques exemplaires de ces rares machines, on peut notamment en admirer deux dans la collection d’Enrico Maltoni (modèle grand format, modèle petit format).

5 Le haut se lit : « Macchina elettrica per caffè espresso. Brevetto A.C. Fiorensoli No 69-97 ». Un brevet de 1914 porte le même titre, mais est attribué à Emilio Vanozzi de Rome. En fait, le numéro 69-97 ne peut pas correspondre à un numéro du registre général des années 20. Il s’agit certainement d’un numéro de brevet pour modèle ou celui du registre Torinois... les lourdes portes dorées des archives italiennes empêchent encore de démêler cette énigme.



Dernière édition par pootoogoo le Lun 09 Fév 2015, 21:43, édité 1 fois

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Re: Les grandes marques Françaises

Message par dynamos le Sam 13 Déc 2014, 08:24

Encore encore encore, j'adore Gné

Merci Pootoo
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Re: Les grandes marques Françaises

Message par francis le Sam 13 Déc 2014, 11:08

Moi aussi , on attend la suite? Wink
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Re: Les grandes marques Françaises

Message par zeb le Sam 13 Déc 2014, 11:27

Je ne vais pas faire comme si je ne l'avais pas déjà lu, mais le relire ici, offert au public, ça ajoute une plus value formidable Wink
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Re: Les grandes marques Françaises

Message par pootoogoo le Lun 09 Fév 2015, 22:37

Tout vient à point à qui sait attendre... qui c'est qui voudrait la suite ? Haha

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Re: Les grandes marques Françaises

Message par dynamos le Lun 09 Fév 2015, 22:39

NOUS!! Evil or Very Mad Wink
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Re: Les grandes marques Françaises

Message par zeb le Lun 09 Fév 2015, 22:39

Ben ouais ! Laughing
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