Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par pootoogoo le Dim 24 Déc 2017, 20:03

OYÉ ! OYÉ !

Petit concours pour la période de Noël :

TROUVEZ qui est sur la photo et votre nom apparaîtra dans le prochain épisode !



Smile

Pensant à une célébrité Italienne, j'ai demandé à Lucio Del Piccolo et Francesco Ceccarelli... qui ne savent pas.
Ian Bersten et Enrico Maltoni non plus. Rotchitos n'a pas dit son dernier mot mais...

Ça n'est pas d'une importance capitale, comme d'habitude  geek , mais ça me tracasse bien cette histoire.  Haha

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par pootoogoo le Dim 24 Déc 2017, 21:04

Ah, et joyeux Noël en passant ! clin d'oeil

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par pootoogoo le Dim 31 Déc 2017, 16:48

Personne n'a trouvé qui est le personnage mystère, mais les enchères restent ouvertes.

Épisode à venir : Achille (4/7). Vous remarquerez donc que plus les épisodes avancent, plus la fin s'éloigne. Les "Mille et une nuits" ça vous dit quelque chose ? Smile

Allez, mon prochain message sera mon 3000e, alors je me devais de souligner ça.

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par pootoogoo le Dim 31 Déc 2017, 17:14

Le talent d’Achille (4/7)


«Le talent est la faculté de concentrer son attention sur tel ou tel objet et d’y voir quelque chose de nouveau, quelque chose que les autres ne voient pas».¹⁷



86. Rita Hayworth dans la scène mythique de Gilda (film de 1946) et le levier éponyme lancé par Gaggia en 1952.


Le modèle Pandora n’a peut-être pas eu le succès qu’il méritait car la Foire de Milan de 1952 présentait aussi une véritable star, la Gilda, première machine à levier domestique de Gaggia. C’est la machine qui fait entrer l’espresso dans les foyers, et un nouveau coup de génie d’Achille.

Le modèle est nommé non pas en référence au prénom de sa femme (qui s’appelait Luigia) mais au personnage incarné par Rita Hayworth dans un film de 1946, figure emblématique de la pin-up. Le film «Gilda» sort en Italie autour du mois d'avril 1947, soit très peu de temps avant la date du dépôt par Achille Gaggia de son brevet pour levier à ressort, le 8 août 1947. Gaggia a certainement vu le film autour de cette date, peut-être même après l’avoir déposé au bureau du Ministère de l’Industrie et du Commerce. J’ai comme l’impression qu’en choisissant le nom «Gilda», il a voulu associer la figure de cette icône glamour qui a marqué les esprits d’après-guerre à l’exaltation de son brevet et aux possibilités qui s’offraient alors à lui. Il accordait une grande importance, et avec raison, à ce brevet au cœur de sa réussite, faisant apparaître l’année de son obtention et de fondation de sa compagnie «Brevetti Gaggia» sur son logo (à travers l’inscription 1848-1948). Le message caché est peut être aussi lié à l’histoire qui sous-tends l’intrigue du film : un brevet racheté pour trois fois rien avant-guerre et qui fait la fortune des personnages principaux, placés en position de monopole. L’histoire d’Achille est de celles qui semblent chuchoter qu’il faut suivre son instinct en laissant des traces derrière soi… je me plais à penser que c’est déjà l’attrait des salles obscures qui l’avait mené, au milieu des années 30, en plein cœur du quartier des cinémas de Milan, au café «Moka Sanani», croiser le chemin d’Antonio Cremonese, l’homme qui changea son destin.



87. Annonce de la présentation du modèle Gilda de Gaggia à XXXe Foire de Milan. Gazzetta del Mezigiorno – Cremona, 25 avril 1952.


88. Brevet de la Gilda, «Aparato para la preparacion del café exprés», déposé en Espagne le 20 juin 1952 (numéro ES204209).


89. Un des premiers modèles produit et publicité pour la Gilda pour le Noël 1952 (Gazzetta del Mezzogiorno – Cremona, 6 décembre 1952).


90. Dessin de la Gilda levier levé, détail de la décoration sur la cuve et vue plongeante où on peut apercevoir le thermomètre et le "G" de la grille.


Le brevet de la Gilda, «Appareil domestique ou analogue pour la préparation de café express», est déposé en Italie le 26 avril 1952, tout juste synchronisé avec la XXXe foire de Milan où la machine est présentée pour la première fois. Elle est de petite taille, avec une cuve fermée et un chauffage électrique contrôlé par un interrupteur, une valve de surpression et un thermomètre incorporé au bouchon de la chaudière. Elle est en aluminium avec des lignes très simples, une cuve décorée de deux bandes entrelacées portant les mots «Gaggia – Gilda – Milano» et la grille de la bassinelle percée de trous qui découpent la lettre G de Gaggia.



91. Publicité d’un point de vente de Gaggia à Milan.


92. Publicité d’un point de vente de Gaggia à Turin (Gazzetta del Mezzogiorno, 3 mars 1953).


93. Page du catalogue de vente "Caudano - Articoli Casalinghi" de 1953 où apparaît le Gilda.


La publicité pour la Gilda mets l’accent sur la possibilité d’obtenir chez soi de la «crème de café naturelle» (l’espresso), comme au bar, mettant en parallèle la machine professionnelle de Gaggia et la petite Gilda. Elle était vendue à l’époque 35,000 Lires (soit l’équivalent de ~450€ actuels),¹⁸ ce qui n’était pas à la portée de toutes les bourses mais relativement bon marché pour la qualité de fabrication, la nouveauté qu’elle représentait et le café qu’elle pouvait produire. Dès 1953, elle est vendue en Espagne par Gaggia Española, qui la présente à la foire internationale de Barcelone où l’on retrouve le camion Gaggia Esportazione.



94. L’équipe de Gaggia inspectant les premières Gilda produites (à gauche, Camillo Gaggia, au centre des trois autres, certainement le même personnage que celui apparaissant sur la photo 19).


95. Pleine page de Gaggia Española dans le journal ABC du 13 juin 1953, annonçant la Gilda à l’occasion de XXIe foire internationale de Barcelone (on remarquera à droite du pavillon, la présence du camion Gaggia Esportazione).


96. Pleine page de Gaggia annonçant la Gilda en 1952.


Fait assez étrange, le piston de la Gilda, contrairement à l’invention originale de Gaggia, ne comporte pas de ressort. Cela en fait une machine très proche dans son principe de l’Europiccola, qui ne verra le jour que 7 ans plus tard (brevet pour modèle de Piero Diamanti, numéro 77505, déposé le 20 avril 1959). Pourquoi ce choix ? Pour des raisons de sécurité ? D’esthétique ? De disponibilité ou de corrosion des ressorts ? Difficile de le savoir.
On dit souvent que la Gilda est la première machine à levier domestique. En fait, elle est certainement la première machine commercialisée mais ça n’est pas précisément le premier brevet du genre. Il existe un autre brevet qui le précède de seulement quelques jours, déposé par Renato Roverselli de Brescia (à proximité de Milan) le 19 avril 1952. La machine Roverselli possède une cuve ouverte, un chauffage électrique et un piston à ressort actionné par un levier. Les poignées du levier et du porte-filtre ressemblent étrangement à celles des Gaggia. On remarque sur le brevet qu’un système de fixation par serre-joint était prévu pour stabiliser la machine. Autre fait assez particulier, il n’y a pas de joints sur le piston. Il est dit dans la description que l’étanchéité et la température d’opération idéale sont assurées par la différence de dilation entre le disque situé en bas du piston (élément 20) et la chemise. Le choix des matériaux était censé bloquer le piston en-dessous de la bonne température et être étanche lorsque la température lui permettait de monter et descendre. Pas sûr que le système était tout à fait fiable.



97. «Machine pour la préparation du café en boisson», brevet de Renato Roverselli déposé en France le 17 avril 1953 (numéro FR1075920).


Est-ce pour cela que la Gilda n’avait pas de ressort ? La Roverselli relevait plutôt du prototype alors que la machine de Gaggia était déjà à l’état de commercialisation au moment du dépôt du brevet. Il n’est pas possible qu’il ait changé ses plans à la dernière minute, d’autant qu’il était à l’origine de l’idée du ressort. C’était donc dès le début que sa machine domestique n’en possédait pas.

Roverselli commercialisera éventuellement sa machine, ou reprendra du moins ses grands principes dans un modèle peu connu mais qui a bel et bien existé, la Petronilla Piccolobar (marques détenues et distribuées par la firme Alfonso Bruni de Milan). Il n’existe pas de lien évident entre Roverselli et Bruni, mais Roverselli a déposé en 1953 un brevet avec l’ingénieur Max Lange d’Innsbruck, qui est clairement une modification du premier brevet, avec la même numérotation étendue, cuve fermée et remplissage par une arrivée d’eau.



98. «Espressomaschine», brevet de Renato Roverselli et Max Lange déposé en Autriche le 18 novembre 1953 (numéro AT195841).


99. Publicité de 1953 pour la Piccolobar Petronilla, distribuée par Alfonso Bruni.


100. Différents modèles Piccolobar distribués par Elwe et Bruni.


Or, il se trouve que Max Lange était le propriétaire de ELWE-Elektro-Technishe Erzeugnisse Lange & Co. (19, Defreggerstrasse, Innsbruck, Austria). Elwe, la compagnie qui commercialisait les Piccolobar en Autriche et en Allemagne, y compris un modèle plus évolué avec cuve fermée et arrivée d’eau. Si ces preuves ne suffisent pas, une publicité d’époque pour la Piccolobar annonce «un piston sans joint fonctionnant sur le principe de la dilatation des métaux». On relèvera aussi que les «Brunella», modèles distribués plus tard par Buni, utilisent exactement le même principe de levier avec cuve ouverte (mais avec des joints sur le piston, comme la plupart des Piccolobar d’ailleurs).

Dans les mêmes années, un autre inventeur autrichien desservira les pays germaniques, et même jusqu’à l’Espagne, avec une machine domestique à ressort. Elle comporte même plusieurs ressorts et une conception assez complexe. Franz Hochmayr (Ramperstorffergasse 66, Vienna, Austria) est le concepteur de l’étrange modèle appelé « Nockit » dont le brevet est déposé en Autriche le 22 février 1952, ce qui en fait peut-être bien la toute première machine à ressort domestique commerciale, mais qui ne produisait pas à proprement parler de l’espresso. Son principe repose plutôt sur le contrôle précis de la poussée de l’eau, due à la pression de vapeur, et une sorte de filtre pressurisé avant l’heure.



101. «Electrically heated expresso machine for the preparation of coffee, tea, or the like», brevet de Franz Hochmayr déposé aux États-Unis le 4 février 1953 (numéro US2688911).



102. Machine Nockit et publicité de la Metallwarenfabrik Ing. Franz Hochmayr.


Parmi les avant-gardistes, on peut signaler qu’en 1953, deux autres compagnies ont conçu des machines espresso domestiques directement inspirées de la Gilda : il s’agit de Juvara et Radaelli.

Les Établissements Juvara, compagnie parisienne, s’associe de nouveau avec Cesare Bialetti (avec lequel ils avaient commercialisé la Vesuviana)¹⁹ mais cette fois-ci pour déposer avec lui un brevet, le 9 juillet 1953, appelé «Appareil pour la préparation du café». Derrière ce titre particulièrement vague se cache une machine tout à fait originale. Il s’agit d’une machine espresso avec cuve ouverte dont l’axe du piston (sans ressort) reprend le principe de la crémaillère de Gaggia mais entrainée par un volant, à la manière des perceuses à colonne. Elle n’a pas dû être fabriquée en grand nombre car il existe bien des photos de cette machine (déposées à l’INPI comme justificatif d’un brevet pour dessin et modèle), mais aucun exemplaire connu de nos jours. Pas de trace non plus du modèle à deux groupe qui apparaît dans le brevet.



103. «Appareil pour la préparation de café», brevet de Juvara et César Bialetti déposé en France le 9 juillet 1953 (numéro FR1085498) et photos du brevet pour dessin et modèle déposé à l’INPI le 30 juillet 1953.


L’autre modèle dérivé de la Gilda venait de R. Radaelli (pour Riccardo Radaelli) S.p.A., une compagnie établie à Milan depuis les années 20, spécialisée dans les chauffe-eau, au gaz ou électriques. Profitant certainement d’une expertise en fabrication de résistance immergées (à l’instar de Piero Diamanti et son entreprise D.P. quelques années plus tard), elle conçoit une petite machine espresso appelée «Caffomatic» que l’architecte Paolo Buffa aurait dessinée. Le brevet pour modèle est déposé en Italie, au nom de l’entreprise, le 21 avril 1953, sous le titre «Macchina portatile per la preparazione estemporanea di infusi come caffé camomilla e simili bevande a foggia sostanzialmente cilindrica con piattaforma di sostegno». Un autre brevet pour modèle est déposé le 3 juin 1953 aux États-Unis par Enrico Radaelli (certainement un des fils). Machine élégante avec une cuve ouverte et un levier ayant la particularité d’être courbé, cuve chromée et peinture à l’aspect martelé, le mécanisme du piston est exactement le même que celui de la Gilda. C’est la seule machine qu’ils produiront mais c’est un coup de maître car de nombreux modèles postérieurs s’inspireront de ce design si particulier pour l’époque.



104. Machine Caffomatic de R. Radaelli.



105. Brevet pour modèle d’Enrico Radaelli déposé aux États-Unis le 3 juin 1953 (numéro USD174468).



106. Dépôt de marque en Italie du logo FAEMA (numéro 118161 du 18 février 1954).


107. Modèle «Venere» de FAEMA, produit vers 1952.


108. Affiche de la compagnie FAEMA ventant la cadence de production de leur nouvelle usine (on y voit tous les premiers modèles : Nettuno, Marte, Mercurio et Venere).


La deuxième raison pour laquelle la «Pandora» ne s’est pas vendue est peut-être aussi à chercher du côté de FAEMA. La compagnie possédait en effet un modèle assez similaire sorti en 52, une machine à un groupe assez compacte de la série « système solaire », appelée « Venere » (Vénus).²⁰ Trop grosse pour la maison, trop petite pour un bar, c’est une machine qui n’a pas dû être produite en grand nombre car elle est relativement rare aujourd’hui. Beaucoup plus difficile à trouver, c’est certain, que la réponse de Valente à la Gilda : la « Faemina ». Son nom même, qui signifie « femelle » en latin, semble être un pied-de-nez à la Vénus glamour de Gaggia. Elle est couverte par deux brevets déposés en Italie les 28 mai 1952 et 14 avril 1953.



109. «Machine à faire les infusions de café avec piston soulevable à la main utilisable notamment dans l’économie domestique», brevet de Felice Arosio et Ernesto Valente déposé en France le 27 mai 1953 (numéro FR1080145).


110. Publicité de FAEMA pour le nouveau modèle Faemina, vendu 43,000 lires en 1953.


111. Dépôt de marque de FAEMA pour la Faemina (numéro 118974 du 9 juin 1954).


112. Publicité en couleur pour la Faemina, reprenant le logo nouvellement déposé (1954).


Elle est peut-être là l’explication de l’absence de ressort sur la Gilda. Valente et Gaggia se sont possiblement entendus sur le type de machine qu’ils allaient chacun mettre de l’avant. Produite à partir de 1953, cette petite dernière de la famille FAEMA rencontrera un succès considérable, malgré son prix sensiblement plus élevé que la Gilda (43,000 lires en 1954). Il faut dire qu’elle avait tout pour plaire : un ressort, une cuve fermée avec lance vapeur pour les cappuccini, et une esthétique qui fait encore rêver. Une cuve suspendue sur un pied et un hublot pour voir l’action du piston poussé par le ressort, concept qui sera maintes fois copié par la concurrence.

On peut citer en particulier la Microcimbali, produite à partir de 1954, vendue entre 38 et 40,000 Lires. La San Marco «Tipo Famiglia» et «Tipo Junior». La «Chicobar», machine très rare de la famille «Bruni», certainement aussi produite en 1954 (date du dépôt de la marque par Bruni), dont il existe un très beau spécimen sur Home-Barista. Et la «SantCarlo», découverte très récente de Francesco Ceccarelli.²¹



113. Publicité pour la Microcimbali dans la Stampa Sera du 4 décembre 1954.


114. Publicité pour la microcimbali montrant sa présentation lors de la XXXIIe foire de Milan de 1954, ainsi que son prix de vente (38,000 lires).


115. Publicité en couleur pour la Microcimbali.


116. Modèle «Chicobar» distribué par Alfonso Bruni.


Gaggia ne se laisse pas déconcentrer et poursuit la production de la Gilda, en constituant une nouvelle compagnie (la VE.MA.CC.) dont l’adresse correspond à celle des bureaux de Gaggia (8, via Angelo Maj). La société annonce utiliser les ateliers Gaggia et offre, à partir de 1953, un modèle appelé «Iris», très similaire à la Gilda mais avec une cuve ouverte. Il est possible que Gaggia ait cédé ses anciens locaux (3 via Carabelli) à la VE.MA.CC., car en 1953 la production de Gaggia est déplacée à une nouvelle adresse, via Cadolini. Début 1953, Brevetti Gaggia est enregistrée au 24 de cette rue (d’après un brevet britannique) et l’on retrouve alors cette adresse sur les badges de la Gilda. Gaggia est plus tard enregistrée au 9, via Cadolini (vers 1955) où se trouve une toute nouvelle usine. Dans cette période une nouvelle fabrique située à Monaco, Plage de Fontvieille, est aussi inaugurée.



117. Modèle Gilda (à gauche) et modèle Iris (à droite) produits respectivement par Gaggia et la VE.MA.CC.


118. Publicités pour la Gilda et l’Iris (Gazzetta del Sud, 7 décembre 1952 et 28 mai 1953).


119. Personnage mystère manipulant le nouveau modèle Gilda de 1954 (il s’agit certainement du même personnage que sur la photo 38).


En 1954, Gaggia sort une nouvelle version de la Gilda, complètement revisitée. Il est d’ailleurs surprenant qu’il ait gardé le même nom tant la machine est différente dans son esthétique et dans son fonctionnement. C’est une cuve ouverte avec un ressort pour le piston, actionné à l’aide de deux bras de levier. Les formes sont très arrondies, le corps est en métal poli et les poignées sont lisses, de couleurs noires, marrons ou blanches. En position de repos, les bras sont relevés, donnant à la machine un air de robot triomphant. Mais, pour la ranger, ils peuvent aussi être repliés en dévissant un cran d’arrêt, ce qui change l’attitude du robot en boxeur campé fermement sur ses jambes, prêt à en découdre. Je ne vous dirai pas à quoi me fait penser le porte-filtre, souvent en place sur les photos… mais disons que le tout a un air assez viril. La machine a beau être présentée par une miss, on est loin de la féminité de la première Gilda et de la pin-up qui lui avait inspiré son nom.



120. La Gilda’54 à côté de l’affiche du film Gilda de 1946.


121. Présentation de la nouvelle Gilda par une Miss Italienne.


122. Publicité pour la Gilda’54, vendue par la VE.MA.CC.


123. Publicité de 1954 pour la nouvelle Gilda où apparaît son prix de vente : 23,000 Lires.


124. Publicité espagnole pour la Gilda’58, La Vanguardia du 23 décembre 1958.


Il ne semble exister aucun brevet pour cette machine, ni pour invention ni pour dessin et modèle. Elle utilise pourtant un mécanisme sensiblement nouveau par rapport à ce qui se faisait jusque-là. Possible que Gaggia ait plus ou moins cessé de croire dans les brevets, voyant qu’il finissait par se faire copier de toute façon, ou que ce brevet existe seulement en Italie. La compagnie a un historique relativement limité en nombre de brevets, notamment par rapport à Valente qui en dépose une quantité phénoménale. La nouvelle Gilda, la Gilda’54, est offerte à un prix un peu plus bas que la première version : 23,000 Lires à sa sortie. La Gilda 54, devient la Gilda 55, 56, … et ainsi de suite jusqu’à la fin des années 50 sans trop de changement à la machine elle-même. Elle sera vendue au moins jusqu’en 1960 où on la retrouve dans un catalogue, vendue 24,000 Lires.²²

Seule la concurrence s’ajuste : Valente pense à un nouveau modèle et dépose un brevet en Italie le 5 juillet 1955 pour une Faemina revisitée, elle aussi aux formes plus arrondies. Il n’existe aucun exemplaire connu de cette machine qui a pourtant été fabriquée, au moins sous forme de prototype, car une photo d’un exemplaire existe, prise sur une ligne de production de la Faemina.


125.«Maquina para cafe de tipo familiar», brevet déposé en Espagne par Ernesto Valente le 10 janvier 1956 (numéro ES226092).



126. Photo d’une ligne de production de la Faemina où apparaît en premier plan la version revisitée.


C’est possiblement devant le succès de la nouvelle Gilda qu’il a changé ses plans, attendant la machine qui allait vraiment pouvoir se démarquer et lui permettre d’occuper une nouvelle niche. C’est ce que lui offre sur un plateau Pietro Papetti en 1957, avec une petite machine d’une telle simplicité de conception qu’elle peut être offerte à seulement 5,000 lires. Pietro Papetti, de Bargamo, dépose son brevet en Italie le 28 novembre 1956 et un certificat d’addition le 17 janvier 1957. Il s’entend certainement avec FAEMA qui lui rachète ses droits fin 1957. Ainsi, les brevets déposés en France, Belgique et Autriche en novembre 1957 sont déposés au nom de FAEMA en le citant comme inventeur. Au même moment (le 21 novembre) l’entreprise de Valente dépose les marques «Baby Faemina» et «Chiquita Faemina». C’est finalement le nom «Baby», tout simplement, qui restera avec l’usage.



127. Publicité pour la FAEMA baby où apparaît le prix de vente : 5,000 Lires..


128. «Machine pour préparer le café-crème dans l’économie domestique», invention de Pietro Papetti déposé en France par FAEMA le 22 novembre 1957 (numéro FR1186666).


129. Dépôt des marques baby Faemina et chiquita Faemina par FAEMA (numéros 134446 et 134447, le 21 novembre 1957).


130. Une FAEMA Baby et sa boîte d’origine.


131. Des hôtesses offrent sur un kiosque une crème de café préparée sur la FAEMA baby.


132. Annonce dans la Gazzetta del Mezzogiorno – Cremona, 19 novembre 1958.


La promotion du dernier né (c’est le cas de le dire) bat son plein. Pour convaincre la clientèle des qualités et de la facilité d’utilisation de la machine, certains représentants de la marque offrent même le café à ceux qui viennent leur rendre visite. Au niveau de la conception, on peut dire qu’elle est le pendant de la Gilda’54, mais sans ressort (un scénario inverse de celui de la sortie de la Faemina après la Gilda). Elle possède elle aussi deux bras de levier, sur lesquels on pousse simultanément pour forcer sur le piston et produire la crème de café. La machine est très compacte et se range dans une petite boite, un cadeau parfait pour les fêtes.



133. Publicité en couleur et en français pour la FAEMA baby.


134. Publicité FAEMA baby ventant la facilité d’utilisation de la petite machine.


Voilà pour les petits leviers… c’est le début d’une longue série qui se poursuit encore aujourd’hui. Dans la liste des brevets, la suivante et non la moindre est l’œuvre du Dottore Emidio Salati, de la Vetraria Ambrosiana Milano (V.A.M., 9 Corso Venezia à Milan). Il dépose le 23 avril 1956 (sous le numéro 553.125) le brevet italien de celle qui deviendra la Caravel Arrarex. À partir de 1956, il y a une myriade de petites machines produites. Pour s’en rendre compte, il suffit de visiter le site très bien documenté de Francesco Ceccarelli.²³



135. Achille Gaggia (à gauche), devant un bar de Milan.


Achille Gaggia, quant à lui, s’apprête à passer la main de l’entreprise à son fils Camillo et son partenaire Migliorini. L’aventure n’est pas tout à fait terminée pour lui mais le plus gros du scénario a déjà été joué. Il aura son nom au générique, et même en haut de l’affiche, avec à son actif beaucoup de premières et de levés de rideaux. On pourra se repasser le film encore longtemps, y trouvant chaque fois quelque chose de nouveau.


À suivre…

_________________________________


¹⁷. Léon Tolstoï, Préface à la traduction russe des œuvres de Maupassant, 1894. Guy de Maupassant disait lui-même, «Le talent provient de l'originalité, qui est une manière spéciale de penser, de voir, de comprendre et de juger.»
¹⁸. Voir sur le sujet de Home-Barista pour les détails du calcul.
¹⁹. Voir épisode 16
²⁰. Saturno, Nettuno, Marte, Mercurio, Venere et plus tard Urania… il ne manque que la « Giove » (Jupiter) à la série pour compléter le système solaire à part la Terre.
²¹. La machine, au mécanisme très particulier, était produite par celui qui a introduit la Microcimbali en Espagne.
²². Source: Francesco Ceccarelli. On trouve sur la même page une Baby à 5,000 Lires et une Microcimbali à 45,000 Lires.
²³. Dans la section «Dalla A alla Z» du site Francesco Ceccarelli sont recensés tous les petits leviers domestiques connus et moins connus.



Dernière édition par pootoogoo le Mer 03 Jan 2018, 20:16, édité 1 fois

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par zeb le Lun 01 Jan 2018, 14:39

Hier ne devait pas être un bon jour pour la visibilité de ce nouvel épisode. Je viens de le découvrir sur Facebook alors même que je ne l'avais pas vu ici à la maison Shocked

Merci une fois de plus pour tout ce travail que tu nous partage avec tant de gentillesse Sébastien Smile

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par Stephane_Paris le Lun 01 Jan 2018, 15:08

Bravo Seb Smile
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par dynamos le Lun 01 Jan 2018, 15:15

J'adooooore I love you

D'ailleurs je t'ai piqué les photos de la Faemina Langue3 que j'ai partagées sur mon Instagram geek

MERCI Seb, du génialissime, comme d'hab Wink
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par dynamos le Lun 01 Jan 2018, 15:46

@pootoogoo c'etait ton 3000em post et le 2000em pour moi ici Heureux

Bonne année 2018 à tous bounce
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par Micco le Mer 03 Jan 2018, 11:59

J'suis d'accord avec Zeb ! Merci encore Sebastien ☺️
Et excellente année à tous les membres du forum !
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Micco

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par franvespa le Jeu 04 Jan 2018, 02:41

Merci pour ce beau cadeau
Toujours stupéfait de la qualité des recherches et
Toujours autant de plaisir à te lire

franvespa

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par pootoogoo le Jeu 04 Jan 2018, 04:27

C'est toujours un plaisir de faire plaisir. clin d'oeil

Merci pour les commentaires qui me portent chaque fois jusqu'au bout de l'aventure.

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par 2carrés le Sam 06 Jan 2018, 12:53

Oui, génial, et toue cette iconographie ! excellent !
Merci !
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par pootoogoo le Ven 19 Jan 2018, 03:39

Merci Stéphane. clin d'oeil

J'ai des petites nouvelles des Greffes de Nice... après avoir insisté quelque peu. Rolling Eyes

J'ai la confirmation qu'autour des années ~50 le numéro d'enregistrement au registre du commerce comporte la date dans les deux premiers chiffres. Pour confirmer le tout, quelqu'un va devoir se déplacer aux archives départementales (les archives des greffes ne sont qu'à partir de 54)... mais à priori FAEMA s'est enregistré en France en 1951, puisque son numéro au registre du commerce de Nice est "51 B 13".

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par spearit le Lun 22 Jan 2018, 14:39

Oui vraiment très passionnant cette aventure du café qui nous est relaté ici
Un grand bravo pour tout le travail, ça mériterait un bouquin tout ça...

spearit

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

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