Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

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Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par pootoogoo le Dim 23 Fév 2014, 05:10

Ce n’est pas seulement à cause d’un vide des archives digitales 1 que l’histoire des machines à café françaises semble suspendue entre 1858 et 1930... c’est simplement que l’évolution du percolateur (cafetière à vapeur) vers une machine capable de sortir un expresso tel qu’on le connaît aujourd’hui va demander l’intervention d’esprits neufs et ce cap ne sera franchit qu’après la seconde guerre mondiale.

La nouvelle saga sur l'expresso (suite de «Fuir de la cafetière») se découpe en plusieurs parties:

7.«La dégaine du café express» | 8.«Un express peut en cacher un autre»
9.«Angelo et la chocolaterie, première partie» | 10.«Angelo et la chocolaterie, deuxième partie» | 11. «Le porteur de flambeau»
12. «Les bleus du petit noir… hasta La Victoria (1/3)» | 13.«… hasta La Victoria (2/3)» | 14. «… hasta La Victoria (3/3)»
15. «Ôde aux Créateurs (Acte I, Allegro)» | 16.«Ôde à l’Aluminium (Acte II, Moderato)» | 17. «Ôde à l’Électricité (Acte III, adagio)»
18. «Du gain à moudre (1/3)» | 19.«Du gain à moudre (2/3)» | 20.«Du gain à moudre (3/3)»
21. Les précurseurs (1/5) | 22. (2/5) | 23. (3/5) | 24. (4/5) | 25. (5/5)
26. La crème de la crème: Antonio Cremonese | 27@29. Gaggia...


_____________________________________


La dégaine du café express



Publicités du début XXe siècle pour le café express.


Bien que l’on commence à parler de café express juste avant la seconde guerre mondiale, l'espresso de l’époque n'avait pas grand chose à voir avec la «Crema di caffé» qui sera produite après. Le terme «café express» (ou «caffè espresso») a certainement été créé au tournant du siècle par le duo Desiderio Pavoni et Luigi Bezzera, pour désigner un pas dans la bonne direction : la production d’une seule tasse de café, expressément pour le client (par opposition au café préparé en grande quantité et maintenu au chaud avant d’être servi) mais il était toujours produit à l'aide de la vapeur (comme dans le cas de Römershausen et Rabaut). Le terme popularisé ensuite par Pier Teresio Arduino et ses célèbres publicités, contient aussi la notion d’expression des arômes du café et de rapidité de préparation. Vous aurez compris, avec les noms cités, qu’on s’en va vers l’Italie avec cette histoire mais pas que...




Un des nombreux café du quartier de la Roquette et boutique de café au début du XXe siècle.


En France, durant cette période, ce sont les percolateurs qui vont prendre toute la place et peu d’innovations sont à mentionner (certainement pas les cafetières à recirculation qui ont fleuries un temps). Il existait pourtant une activité très importante autour des machines à café : le quartier de la Roquette à Paris, fief des Auvergnats et des ouvriers de métaux en tous genres était un bastion de la fabrication de cafetières et de percolateurs. On voit aussi fleurir l’industrie du café à Lyon, Bordeaux, Nice et Strasbourg (en particulier pour la torréfaction et la fourniture de matériel pour les cafés). Avec le succès de Loysel on va passer de la petite cafetière aux énormes percolateurs pour hôtels et cafés. Dans les répertoires industriels et les publicités de l’époque on retrouve les noms de nombreux fabricants dont subsiste la trace de nos jours chez les antiquaires : Grouard Frères, Chabaud, Devos, Bertrand, Baudon et Maréchal, Janet, Loupot, Smoliak, Roch, Sonnet, Langlois, Reneka, Vienne ou Vassal.


Liste des fabricants de cafetières en 1862 (source : Didot et Bottin).


Une des premières mention d’un fabricant de percolateurs en 1862 (source : Didot et Bottin).







Publicités de fabricants de cafetières et de percolateurs en 1878 (source : Didot et Bottin).


Ce sont ces mêmes fabricants qui se lanceront ensuite dans la production de machines pour le café express (qui porteront encore le nom de percolateurs), il n'en restera que quelques-uns après-guerre auxquels se rajouteront de nouveaux noms.


Percolateur Juvara de style art-déco et liste des fabricants de percolateurs en 1935 (source : Didot et Bottin).


À posteriori, on est en droit de se demander si, finalement, le principe de la vapeur comme force mécanique (idée amenée par l’invention de la machine à vapeur, moteur [c’est le cas de le dire] de la révolution industrielle) n’est pas responsable du si grand délai existant entre la recherche de nouvelles façons d’extraire les arômes du café (autour de la révolution française) et l’invention de la machine à expresso. L’idée de pousser l’eau à travers la mouture avec une autre force que la force de la vapeur, qui parait tellement évidente aujourd’hui aura mis plus de 150 ans à émerger (avec Loysel... mais qui aura choisi la force de gravité, pas si pratique) et un autre siècle pour aboutir au piston.
Les inventeurs sont ainsi restés bloqué sur la poussée de la vapeur en se contraignant à des températures élevées et passer à côté de l’essentiel. Sur ce chemin, il y a tout de même eu l’apparition des vannes, des porte-filtres « en grand » puis individuels et quelques inventeurs surprenants dans différentes parties du monde ; car la vapeur avait aussi amené la mobilité aux voyageurs et, avec elle, une grande dissémination des idées.



La Machine à café Revolver (Revolver Kaffeemaschine), 1878.

Il est des inventions qui ressemblent à des OVNI, même avec le recul. C’est le cas de l’invention de Gustav Adolph KESSEL déposée à Berlin le 19 janvier 1878.




« Machine à café Revolver »
La machine se compose d'un réservoir métallique (a) qui contient l'eau. Sur le réservoir (a) il y a un petit récipient (b) muni de deux robinets à vapeur (c, c) et destiné à re-remplir le réservoir avec de l’eau sans laisser la vapeur s'échapper.
En-dessous du réservoir (a) il y a une couronne (d) destinée à recevoir le brûleur qui fonctionne au gaz ou à l'alcool.
Sur le côté du réservoir (a) il y a un conduit muni d’une vanne (e) et d’une goupille (f) pour maintenir la cartouche de café (g) mentionnée ci-dessous.
Fixée sur le pied de la machine, la couronne rotative (h h) est munie de trous sur le bord extérieur afin d’accueillir un certain nombre de cartouches de café (g).
La cartouche de café (g) faite en métal ou en porcelaine, est munie d’un filtre et remplie de la quantité de café nécessaire à faire une tasse.
La goupille (f) maintient la cartouche à proximité de la vanne (e) à la sortie du réservoir. Par l'ouverture de cette dernière l'eau bouillante passe à travers la cartouche de café et produit ainsi du café frais à chaque fois.
Pour éviter la pression de vapeur excessive, le réservoir est muni d’une soupape de sécurité (i).
Revendication de brevet: la description précédente et le dessin expliquant la « Machine à café Revolver ».
2

Impossible de dire si cette machine sortie de nulle part a vraiment existé ou est restée sur papier, mais elle comporte toutes les innovations du café express : un réservoir chauffé (avec même une sorte de sas pour le re-remplir sans laisser échapper la vapeur), une soupape pour réguler la pression du réservoir, un robinet et surtout un système de baïonnettes pour attacher des « cartouches » individuelles de café et le servir dans une tasse individuelle. Les cartouches pouvaient être préparées et placées à l’avance sur un tourniquet pour enchaîner la préparation de cafés (d’où la similitude avec un barillet et le nom de la machine).


Publicité pour la machine à café express de Bezzera.


Le plus étonnant est que ce très court brevet (datant du tout début du système allemand) a été rédigé 23 ans avant celui de la machine de Bezzerra à qui on attribue généralement l’invention du café express (et même de l'espresso). D’autres inventeurs sont sur le bord de la route qui mène à Bezzera : Moriondo, mais aussi Etzensberger. L'espresso, lui, n'arrivera que bien plus tard.

À suivre...

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1 Les «Archives INPI» en ligne, s’arrêtent en effet en 1858 et les bases de données de l’«Office Européen des Brevet» ne commence qu’à partir de ~1902. Ce trou devrait être comblé graduellement par l’INPI dans les années à venir.

2 Traduction libre du brevet complet, No DE1823..


Dernière édition par pootoogoo le Sam 21 Jan 2017, 18:01, édité 13 fois

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par zeb le Dim 23 Fév 2014, 07:00

Superbe encore merci !
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par Flynn le Dim 23 Fév 2014, 10:51

Merci Pootoo, c'est super documenté et vachement intéressant
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par Micco le Lun 03 Mar 2014, 11:30

Je suis d'accord avec zeb et Flynn. Vraiment vraiment bien !

J'aime bien le titre du module "Histoires et Histoire" Wink
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par _didier_ le Mar 11 Mar 2014, 09:59

Bravo et merci pour tes recherches Pootoogoo !
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par pootoogoo le Jeu 13 Mar 2014, 02:13



La machine à vapeur à l'honneur, sur l'affiche de l’Exposition internationale de Milan de 1906.


Un express peut en cacher un autre

Pour ceux qui ont déjà parcouru des résumés de l’histoire des machines expresso, il est une photo que l’on voit immanquablement : le stand de Bezerra à l’exposition internationale de Milan en 1906 qui présente « la première machine à espresso de bar ». Cette photo est effectivement très intéressante car elle est emblématique de ce que l’on pourrait appeler la surface des choses. Lorsque l’on s’attarde à ses détails (ce qu’a fait Ian Bersten* avec l’original), elle révèle un peu plus que ce qu’elle semble dire, un peu plus sur l’histoire qui a permis à cette machine de voir le jour et se rendre jusqu’à nous.


Stand du « Caffè Espresso » à l’Exposition internationale de Milan, 1906.1


En fait, la nouvelle invention de Bezzera refait le coup de Loysel, un demi-siècle plus tard, en s’offrant 5 millions de testeurs potentiels. Son nom apparait en grand, avec ce qui est une des premières (sinon la première) mention écrite du mot « espresso » rattaché au breuvage caféiné. S’il est effectivement l’inventeur d’une machine à café en 1901, le récipiendaire d’une médaille d’or à cette exposition n’est autre qu’un certain Desiderio Pavoni. Pourtant pas de trace de Pavoni sur la photo... à moins de prendre une loupe : sur la colonne, à gauche, sur l’affiche, il est écrit:
« IDEALE » (Brevetto Bezzera). Apparechio per preparare e servire istantaneamente il caffè in bevanda. Desedirio Pavoni, Milano. Via Dante Ang. via Giuliani.

Sur le brevet de Bezzera déposé aux Etats-Unis le 10 juin 1902 («Coffee-making machine», US 726793 A), Luigi Bezerra est présenté comme l’inventeur et Desiderio Pavoni comme le demandeur.

Bezzera, sur ce même brevet US, est déclaré comme étant un fabriquant de liqueurs («maker of liquors»), résidant 13, Via Orso à Milan... soit à deux pas du «Caffè Commercio» de la Piazza Duomo dont Pavoni était propriétaire. Desiderio Pavoni l’entrepreneur (il possédait aussi quelques cinémas de Milan) et Bezerra l’inventeur étaient tous deux en étroite relation et avaient certainement plus qu’une relation d’affaire.



Carte de Milan de 1913 avec l'emplacement des adresses du 13, via Dell'Orso (1) et du Caffè Commercio (2).




Le 13, via Dell'Orso à Milan, adresse de Luigi Bezzera correspond soit aux vieux bâtiment au centre de la première photo (disparu vers 1900, en face apparaît l'enseigne "Liquori"), soit à celui qui se trouvait en arrière (faisant l'angle sur la deuxième photo). Cette adresse n'existe plus aujourd'hui.


«Caffè Commercio», Piazza Duomo, dont Pavoni était propriétaire début XXe.

On trouve le nom de Bezzera rattaché à divers brevets italiens : 2
- «Innovazieni nelle scale aeree dette Scale Porta», IT 36884, du 20 Juillet 1894 (durée de 3 ans mais en défaut de paiement après la première année)
- «Innovazioni negli apparecchi per preparare e servire istantaneamente il caffè in bevanda», IT 61707, du 19 novembre 1901 (3 ans)
- «Disposiziono di comando meccanico degli apparecchi di riempimento delle bottiglie, specialmente quello di acque gazose», IT 63701, du 10 mai 1902 (3 ans)
- «Robinetto a dosatore sistema Bezzera per gli apparecchi destinati a preparare e servire il caffè e simili in bevanda», IT 74977, du 24 décembre 1904 (3 ans)
- «Nuovo apparecchio di' refrigerazione per liquidi, quali birra e simili», IT 80938, du 10 février 1906 (3 ans)


«Coffee-making machine», Brevet US 726793 de Bezerra/Pavoni 1902

Pavoni comprend le potentiel de la machine à café de Bezerra et lui rachète ses droits sur les deux brevets qui la concerne (IT 61707 et IT 74977). Le premier lui est transféré le 5 juin 1902, le deuxième à la fin des trois ans de priorité (soit le 24 décembre 1907). Dès le 17 mai 1902, Pavoni dépose d’ailleurs un brevet en France pour cette même machine (FR321492A), d’une durée de 15 ans. Le deuxième brevet (celui du robinet doseur) est aussi déposé en son nom, sous forme d’ajout au premier, le 1e mars 1905 (FR6003E).

 
Inscription à la Gazette officielle italienne des transferts de brevets de Bezzera à Pavoni (1902 et 1907). 2


Dessin du brevet Français de Pavoni de 1902.


Ajout au brevet Français de Pavoni en 1906.

Il prolongera les deux brevets italiens, qui feront sa fortune, jusqu’au 1e trimestre de 1915 et ajoutera de nombreux autres en son nom, tous plus ou moins liés aux machines à café 2,3 (comme la tasse à anse à détachable et à part peut-être ce qui semble être un brevet pour une presse hydraulique d’imprimerie : «Torchio copialettere a pressione d'acqua», IT 76318).


Projet original de tasse à anse détachable – FR430611A Pavoni, 1911.

C’est donc une belle entente entre les deux milanais: Bezerra continue de construire ses propres machines à café avec l’aide financière de Pavoni et Pavoni offre une production en grand de l’invention de Bezerra et s’occupe de la publicité et de la vente à l’étranger. Les modèles Bezzera et Pavoni portent d’ailleurs plus ou moins les mêmes noms et ne présentent que des différences très subtiles.



Luigi BEZZERA




Dessin du brevet original de Bezzera, 1901. *


 
Un des premier modèle de Gigante, 1902. *

La « Gigante » est le premier modèle créé par Bezerra, la machine fonctionne avec de l’eau sous pression, qui sous l’ouverture d’un robinet, passe à travers de ce qui constitue le premier vrai porte-filtre de l’histoire. La vanne permettant l’admission d’eau chaude comportait une troisième position destinée à finir la préparation de « l’espresso » par une bouffée de vapeur (ce qui était perçue comme la seule façon d’extraire tout le potentiel du café, sûrement par soucis d’imitation du procédé de la cafetière italienne). La chaudière était aussi munie de deux sorties vapeur sans doute destinées à chauffer (voire à faire mousser) le lait. Le sommet de la chaudière était fermé par une plaque serrée par 6 boulons et comportait un manomètre.

Voilà, la première machine à café express, permettant de préparer pour chaque client une tasse  individuelle était née! Un grand pas pour l’expresso.


Bezerra choisit comme marque de reconnaissance, le « Biscione », blason de la famille Visconti (qui a régné sur le duché de Milan au moyen-âge). Il représente un serpent engloutissant un enfant, symbole de la ville de Milan (identique à celui de la marque Alfa-Roméo) que la marque arbore encore aujourd’hui, de façon beaucoup plus stylisée.




1

Bezzera continue son aventure dans les machines à café, et voit ses machines installées dans différents cafés italiens. La machine à café express est offerte en plusieurs tailles de chaudière: Liliput, Mignon, Moyen et Géant (comptant jusqu’à 6 porte-filtres).

1

1

Il participe à plusieurs foires commerciales, améliore ses machines (il dépose même un nouveau brevet le 27 juin 1912 intitulé «Innovazione nelle macchine per preparare e servire il caffè», IT 126712, d’une durée de 3 ans 2) faisant un effort particulier sur la présentation : il produit une affiche publicitaire qui traversera le temps et marquera les esprits (celle du conducteur de voiture de course se servant un café express en roulant) et ajoute Victoire, la déesse ailée (comme celle du « spirit of ecstasy » de Rolls-Royce), sur le dessus de son nouveau modèle : la «Vittoria Alata».

Ce qu’il aura apporté au monde de l’expresso est en effet une belle victoire.


Exposition à la foire de Lyon 1
(on reconnaît en arrière-plan la célèbre affiche à la voiture de course de Bezzera)



Modèle “Vittoria Alata” 1


Desiderio PAVONI 4


Portrait de Desiderio Pavoni



Le premier modèle de Pavoni s’appelle l’Idéale, très similaire à la Gigante de Bezzera elle s’en distingue seulement par le fait que la calotte de la chaudière est maintenue par 8 boulons au lieu de 6 et possède une innovation au niveau du porte filtre : les tuyaux que l’on voit partir du groupe. Ceux-ci ne sont autres que l’ancêtre d’une valve trois voies manuelle, destinée à relâcher la surpression de vapeur à la fin de l’extraction.






Machines à café « Ideale » de Desiderio Pavoni, 1906.

Les pressions utilisées était de l’ordre de 1.5 bar donc l’absence de ce système relevait plus du désagrément que du réel danger pour l’opération de la machine. Cette innovation est présente dans le brevet de 1902 mais ne semble pas être présente sur les machines de Bezzera. L’idée venait peut-être de Pavoni lui-même (le premier dessin de l’Idéale ne l’avait pas) ou cela faisait-il partie de l’entente sur le rachat du brevet ? Les machines de Bezzera étaient-elles équipées du nouveau robinet doseur dont il détenait le brevet jusqu’en 1907 (et où ce système était intégré) ? Toujours est-il que, connaissant ces différences (surtout sur les boulons), on peut noter un autre détail de la célèbre photo du stand Bezzera : les machines présentes sur le comptoir sont certainement deux modèles de l’Ideale de Pavoni et non la Gigante de Bezzera.


Présentation de l’Ideale lors de la foire de Milan, 1921.

   
Machines à café « Ideale », collection d’Enrico Maltoni.


Dépôt de marque enregistré aux archives italiennes (3 avril 1907 et 1e juin 1911)5

L’emblème choisi par Pavoni pour ses machines est le paon (« pavoni » en italien), bien apparent sur la chaudière et sur les affiches publicitaires de l’époque. La marque de fabrique de l’Ideale, « Desiderio Pavoni – Milano » est déposée en 1911, nom qu’il avait déjà utilisé pour un cinéma en 1907 (comme en témoignent les enregistrements aux archives italiennes).




Emblème des machines à café Pavoni et affiche publicitaire.


De gros moyens sont déployés : un grand atelier de production pour les machines, des représentants pour la vente en Italie (où la plupart des bars en sont équipés) et à l’étranger... Pavoni réussit à placer de nombreuses machines dans des cafés Parisiens. La société fondée devient « La Pavoni S.A.» et les machines à café express se vendent à cette époque à un rythme d’une machine par jour. Peu d’innovations technologiques alors, mis à part la connexion directe à l’eau et au gaz, puis la conversion à l’électricité.



 
Atelier de fabrication de machine à café Pavoni.


Sur les routes pour le service et la livraison.




Paris, Brasserie des facultés.

 


Différentes Pavoni trônant sur des zincs de Paris et d’Alger.


Les modèles proposés, suivant le taille de chaudière, sont appelés « Liliput », « Mignon », « Mignon Lusso », « Normale », « Gigante » et « Gigante Lusso ». Il modifie ensuite sa gamme suivant les modes tout en gardant les mêmes dénominations (même pour les premiers leviers).


Brochure publicitaire « La Pavoni » pour la France, 1912.
(C’est sur la page couverture qu’est mentionnée la médaille d’or à la foire de Milan de 1906).


 

 

 

 

 

 


Raccordement à l’eau, au gaz ou l’électricité.


Modello «Esagonale», 1939

La compagnie s’était relevée de la crise de 1929 (dont le pic eu lieu en 31 en Italie), était passée à travers le fascisme de Mussolini (dont la moindre des horreurs avait été d’imposer une taxe de sur toutes les machines à café express - Regio decreto-legge 30 giugno 1926, n. 1096 ²), La Pavoni se relèvera aussi de la seconde guerre mondiale durant laquelle elle a été durement touchée.




 


Les ateliers de Pavoni sont complètement détruits à la fin de la guerre de 39-45

Les ateliers La Pavoni, complètement détruits, seront reconstruits au lendemain de la guerre et la production reprend avec une nouvelle machine baptisée « la Cornuta », qui sort quelques année plus tard. On ne peut passer à côté de cette gamme dessinée en 1948 par Gio Ponti, un géant du design italien.



 

 
L’usine est reconstruite et la production reprend de plus belle avec la Cornuta


 
Gio Ponti et la magnifique Cornuta qu’il a dessiné

 
 
 
 
Brochure publicitaire de 1949


La Pavoni se fera aussi un nom avec la «Diamante» et surtout «l’Europiccola»... mais ceci est une autre histoire.

Pour ce qui est de la photo de la foire de Milan en 1906, l’histoire qu’elle recèle se résume peut être dans une autre photo, prise 24 ans plus tard (à la foire de Milan de 1930) :


Sur laquelle il me plaît à penser que l’homme sur le pas de la porte n’est autre que Desiderio Pavoni lui-même. L’histoire de la machine espresso lui doit un lourd tribut, car sans son aide financière et son sens des affaires, il n’est pas dit que l’invention de Bezerra serait passée à l’histoire. Elle aurait certainement été oubliée comme celles d’autres inventeurs avant lui (avant que des archivologues ne les mettent à jour, bien sûr).


À suivre...


* «Coffee floats, tea sinks : through history and technology to a complete understanding», de Ian Bersten, 1993... la bible de tout amoureux de l'hisoire des machines à café.

1 Photo extraite du site de Bezzera.

2 Archives italiennes de la Gazzetta Ufficiale del Regno

3 Les autres brevet italiens de Desiderio Pavoni sont :
- «Valvola regolatrice manometrica Piezocrate dell'accesso del gas per apparecchi destinati alla preparazione del caffè e simili», IT 75150 du 10 janvier 1905 (3 ans, annulé au 2e trimestre 1906 par défaut de paiement)
- «Torchio copialettere a pressione d'acqua», IT 76318 du 1e avril 1905 (3 ans)
- «Manico separabile per tazzo da caflé e simili», IT 109972 du 24 mai 1910 (3 ans)
- «Innovazioni negli apparecchi per la preparazione istantanea del caffè», IT 115021 du 22 avril 1911 (3ans). Attestati completivi, IT 119093 du 24 juillet 1911 (6 ans)
- «Innovazioni nei fornelli ad alcool», IT 116718 du 2 janvier 1911 (3 ans annulé au 3e trimestre de 1913 par défaut de paiement)
.

4 La plupart des photos et renseignements sur Desiderio Pavoni sont extrait du site de La Pavoni..

5 Les dépôt de marque se lisent comme suit :
- La scritta Cinematografo Ideale, accompagnata dalla dicitura Desiderio Pavoni - Milano.
Marchio di fabbrica o di commercio per contraddistinguere « cinematografi e stabilimenti cinematografici » (3 avril 1907).
- Impronta circolare a doppio contorno portante nel mezzo, su fondo a tratteggi, la figura di una macchina per preparare il caffè con sotto la parola Ideale tra virgolette e nello spazio anulare l’iscrizione Desiderio Pavoni Milano. Marca Depositata.
Marchio di fabbrica per contraddistinguere « macchine per caffé e parti relative » (1e juin 1911).

Je souhaite bien du courage à qui voudra obtenir copie de ces brevets italiens, je n’ai jamais vu un système payant aussi archaïque. Même si un jour ils passent à la digitalisation, rien n'est sûr... comme me le disait Lucio del Piccolo, il faudrait passer deux ans à Rome pour s’y retrouver. Ce n'est pas que l'idée me déplaise...


Dernière édition par pootoogoo le Dim 06 Avr 2014, 05:28, édité 5 fois

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par Micco le Jeu 13 Mar 2014, 13:52

Pootoogoo, c'est beau ce que tu fais pour nous tous, passionnés du café et de l'espresso. Bien pour les autres aussi mais mais beau particulièrement pour nous.  Sincèrement.
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par Micco le Jeu 13 Mar 2014, 13:55

Pour ta dernière note tout en bas, ma compagne étant chercheuse et souvent à Rome (archéologie, empire Romain etc...), nous comprenons tout à fait la problématique, malheureusement...  No
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par zeb le Jeu 13 Mar 2014, 20:28

Oui vraiment formidable Wink

C'est triste de voir ce qu'est devenu Pavoni, depuis la Diamante la production reste plutôt tristounette.
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par pootoogoo le Ven 14 Mar 2014, 16:06

Je pense qu'ils ont été un peu dépassés par l'arrivée des leviers, puis des pompes... et après du tout auto. Au lieu de se perdre dans du rattrapagge technologique, ils se sont tournés vers un autre marché, celui des machines individuelles dans lequel ils ont quand même bien réussi (avec l'Europiccola).
Mais c'est sûr que du côté machines à café de bar, ils ont complètement perdu leur main mise d'avant guerre... et côté design,  Rolling Eyes il faudrait peut-être qu'ils s'y remettent.

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par zeb le Sam 15 Mar 2014, 09:41

Cela me rappelle Mme Ravinetti, belle fille de Carlo, fondateur de la marque Zenith Express, m'avouant que c'est les énormes investissements trop tardifs pour passer à l'injection qui ont fait tomber la marque en faillite. Des problèmes de fiabilité plus la concurrence, des retours financiers pas suffisants ni suffisamment rapides, ils n'ont pas vu le vent tourner assez rapidement.
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par pootoogoo le Sam 15 Mar 2014, 15:42

Ouiiiiii zeb, rassemble tes souvenirs et prépare tes archives, on y arrive bientôt à Zénith Express.  Wink 

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par giorgio le Sam 15 Mar 2014, 16:09

- Il faut savoir mes bons amis que les machines espresso ont mis un certains temps à être adoptées par tous les bistrots même des grandes brasseries continuaient avec leurs percos pourri à débiter un jus infâme et puis d'un seul coup se fut la ruée les pauvres récalcitrants perdaient leur clientèle à une vitesse grand "V" et à ce moment-là c'est à qui aurait la plus perfectionnée, la plus belle avec de la lumière tout partout, j'ai vu des machines avec un tapis roulant qui une fois le café passé déplaçait la tasse pour en présenter une vide sous le bec, j'ai vu ça et ça ne me rajeunit guère  Mad 
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par Skydarking le Sam 15 Mar 2014, 16:12

Et aujourd’hui, le plus petit des bistroquets est incroyablement équipé, mais les gens ont oublié à quoi ça servait!  Sad

Hier on m'a fait un café sur LA Faema E61 Legend.. petite larme d'émotion, puis j'ai bu mon 3/4 pas bon.  Neutral 
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par zeb le Sam 15 Mar 2014, 16:20

Allonger au 3/4 avec une e61 démontre une méconnaissance totale de ce que doivent être un expresso ou un 3/4 Sad
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par pootoogoo le Sam 15 Mar 2014, 16:50

giorgio a écrit:j'ai vu des machines avec un tapis roulant qui une fois le café passé déplaçait la tasse pour en présenter une vide sous le bec, j'ai vu ça et ça ne me rajeunit guère  Mad 

Ahah Gio, la machine dont tu parles est une Reneka Hydrauto, sortie au début des années 70... c'est un peu plus jeune que ton moulin SEV.  Wink

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par zeb le Sam 15 Mar 2014, 17:16

Purée j'veux une photo ?!?? Shocked
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par Skydarking le Sam 15 Mar 2014, 17:47

Oui oui oui! Une photo!

Suite à la remarque de Zeb j'ai pris une grande inspiration et j'ai plongé dans les entrailles du forum pour retrouver des discussions sur le 3/4; contributions de LaDuccale, Tocca, un certain Zeb; presque tous des comptes qui ont été fermés.
Passionnant et à la fois vertigineux.. c'est un monde tellement énorme! Je suis perdu.

Je ne comprends pas pourquoi un E61 ne pourrait pas allonger; son profil de température lors de l'extraction devrait être stable voir descendant. Qu'est-ce qui conviendrait mieux?
Entre la duccale qui disait que les La Marzocco étaient trop stables et épuisent les café en longueur et ce "zeb" d’antan qui parlait d'actionner la chauffe vapeur pendant l'extraction sur un groupe rossi pour ne pas trop descendre en température lorsqu'on allonge.
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par pootoogoo le Sam 15 Mar 2014, 17:57

Ah ça c'est parce que vous avez pas lu le super article sur l'histoire de Reneka sur le site de Rotchitos...  :P 
(à paraître ici bientôt, avec l'accord de l'auteur  Wink ).

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par Skydarking le Sam 15 Mar 2014, 18:33

Maintenant oui!
C'est génial!

C'est dingue ce système automatique de l'Européenne! Ca marchait mal? Il me semble que la pompe, c'est peut-être plus facile, mais on a pas ce côté de pré-infusion "automatique" et optimale.


Ce qui m'ahurit, c'est le nombre de petites inventions, le niveau de détail et de contrôle extrême dans tous les paramètres qui sont mis en oeuvre par les fabricants.
Et au final.. il n'y a qu'une poignée de personnes qui sont capable de faire la différence entre des bons et des mauvais cafés.. je me goure?
J'ai l'impression que de nos jours, les critères qui déterminent le choix quand un café achète son équipement se situe à des années lumières de la recherche de la perfection au niveau du café; de ce que toutes ces incroyables technologies peuvent offrir.
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par rotchitos le Sam 15 Mar 2014, 21:28

Pootoogoo a écrit:Ah ça c'est parce que vous avez pas lu le super article sur l'histoire de Reneka sur le site de Rotchitos...  :P 
(à paraître ici bientôt, avec l'accord de l'auteur  Wink ).

ben y'a qu'à mettre en forme le "truc" hein !  alien 
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par rotchitos le Sam 15 Mar 2014, 21:34

d'un autre côté le système hydrauto n'a pas été pérennisé ni repris par la concurrence, ça aurait été bien d'avoir les retours des utilisateurs  rabbit 
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par giorgio le Dim 16 Mar 2014, 08:00

- Ha, oui le tapis roulant c'est beaucoup plus tard mon point de chute quotidien, autrement dit la brasserie où je retrouvais mes potes tous les soirs à l'heure de l'apéro et tous les midis à l'heure du café s'était équipé bien possible pour la marque, je ne m’intéressais pas trop à ça à l'époque, toujours est-il que 15 jours après les mecs sont venus reprendre leur merdier pour un modèle plus conventionnel, quand j'ai quitté le foyer, j’habitais un petit appart' avec un troquet en dessous, ils avaient une Faema un groupe à levier, je crois que j'ai vu ça dans la collection de Zeb, y'avait du plexi et de l'ondulé là-dedans et la bonne Marinette qui me sortait mon jus du matin savait bien en tirer le maximum, un régal !

Retrouvé  cheers 

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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par Micco le Dim 16 Mar 2014, 08:14

Si c'est Marinette qui fait le café, c'est forcement un régal Smile
Personnellement, c'était Louise qui faisait mon café du matin. Objectivement, je ne sais pas ce que valait le café mais j'en redemandais !
Et quand ce n'était pas elle, ça avait beaucoup moins d’intérêt Wink
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Re: Du «café express» à la naissance de l’«espresso»

Message par Micco le Dim 16 Mar 2014, 12:50

Dites, En lisant l'histoire de de Reneka chez Rotchitos, j'ai vu la photo de L'Atalante. C'est La jumelle de La Galatea de Bezzera cette machine. Ont-elles une conception commune ? Ou l'une des deux est simplement rebadgée ?
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